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Diriger une équipe sportive suppose d’appréhender motivations personnelles et cohérence de groupe, des problématiques bien connues des entrepreneurs. Les codes sportifs : sources d’inspiration pour l’entreprise ? Thierry Lardinoit, titulaire de la chaire de marketing et sportif de l’ESSEC nous conseille.

 

1/Savoir gérer l’échec

Aucun athlète de haut niveau n’a un taux de réussite de 100%. Un champion du monde peut parvenir à transformer un échec. Cela est constitutif de sa performance. Un créateur d’entreprise doit posséder cette même capacité.

Autre dimension : un entraîneur sportif sait appréhender les défaites d’une équipe. Cette gestion s’appuie sur des dimensions émotionnelles, ceci d’autant plus que la performance d’un groupe est mise sous les feux de la rampe médiatique plusieurs fois par semaine. Un chef d’entreprise peut s’inspirer de ces techniques lorsque les succès ne sont pas au rendez-vous.

 

2/S’inspirer du mental des champions

Le créateur d’entreprise doit, comme le sportif de haut niveau, s’astreindre à une hygiène de vie lui permettant d’être performant à court et long termes (niveaux du sommeil, nourriture, alcool…).

Le sportif de haut niveau a une motivation très forte : plus que le résultat, l’exercice de son activité à un niveau d’excellence est la source de sa motivation. L’entrepreneur fonctionne de la même façon. Un employé ne raisonne pas forcément comme cela : il est sans doute plus souvent animé par des motivations extrinsèques, comme par exemple, la reconnaissance ou le salaire.

 

3/Le sportif, source d’inspiration de l’entrepreneur

L’entrepreneur est comme un athlète de haut niveau : engagement, passion, capacité à apprendre et à transformer les échecs. Il doit posséder une capacité à visualiser le succès, être ancré dans un cercle vertueux.

L’entraineur et lui ont également comme point commun d’être des personnages passionnés. Dans le monde du sport, tout le monde est transporté par son activité, que ce soit le sportif que vous dirigez ou le kinésithérapeute du club.

En entreprise, les gens que vous recrutez ne sont pas forcément passionnés par ce qu’ils font. Les outils de management sont donc différents : vous ne pouvez pas aller aussi loin avec des employés qu’avec des athlètes.

 

4/Gérer la cohérence du groupe

Un entraîneur a des relais dans son équipe: des joueurs qui motivent leurs coéquipiers, font passer les messages clés et remontent également l’information. Cela permet d’avoir une gestion tactique, technique et positive.

 

5/L’intégrité à long terme des employés : une préoccupation majeure

Dans le sport, le manager a une priorité : préserver l’intégrité de son athlète. Blessé physiquement ou moralement, il ne peut plus s’entraîner ni performer. L’outil de production est donc en panne.

Dans l’entreprise, bien que des évolutions soient à relever, on est très loin de ce genre de considérations. On parle beaucoup de burn-out. L’intégrité physique et mentale des salariés ne fait pas encore assez partie des priorités. Dans l’univers sportif, au moindre coup de fatigue ou de blessure, les experts mettent directement en avant l’erreur éventuelle de l’entraîneur.

L’entreprise s’inspire du sport : engagement, réussite…. Mais elle n’a fait que s’approprier la symbolique du sport, ce qui est visible : la performance au moment de la compétition. Elle n’intègre pas assez l’écosystème sportif en amont de la performance : les entraînements, la gestion délicate de l’intégrité physique et mentale des athlètes.

 

6/De l’influence du marketing sportif en entreprise

Depuis 1928, Coca-Cola met le sport au cœur de sa stratégie commerciale. Ses managers ont compris que le sport permettait de renforcer l’attractivité des produits et des  marques, a fortiori lorsque la valeur intrinsèque du produit est faible : il faut mettre de l’émotion autour d’une cannette de manière à la vendre à un prix optimum.

Puis, ils ont développé des valeurs cohérentes en interne (activités sportives au sein de leurs structures).

Aujourd’hui, beaucoup d’entreprises sont en connexion constante avec le sport : les équipementiers par exemple. Chez Adidas, la culture d’entreprise est conviviale, directe, orientés résultat, facile sur le plan relationnel : l’entreprise s’est appropriée la culture du sport.

 

8/La règle comme préalable

Dans le sport, les règles sont fondamentales : sans elle, le jeu n’est pas respecté. La règle est constitutive de l’activité sportive. Sa définition est un préalable au lancement de l’activité. Dans l’entreprise, une large autonomie laissée aux salariés n’exonère pas la mise en place de règles claires !

 

Le sport doit apprendre du monde de l’entreprise à rester centré sur son business, en assurer la pérennité, faire en sorte que la pratique sportive soit mesurée comme le développement de n’importe quel produit.