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Son équipe, les fameux « Poneys » détiennent depuis cet hiver le record de podium en coupe du monde et c’est sous sa houlette que Baptiste GROS a été le premier français à monter sur la plus haute marche. Quelle est sa vision et comment peut-elle se transposer au management d’une entreprise ?

 

Manager Athlète : Deux mots sur ton parcours, comment es-tu devenu celui qui doit préparer l’équipe de France de sprint pour les JO de Pyeongchang en Corée du Sud?

J’ai commencé la compétition en ski de fond puis en biathlon. En équipe france biathlon junior avec participation aux mondiaux en 97, c’était la génération Defrasne, Bailly, Raphael Poirée (qui était en Sénior)

En termes de résultats, 20ème en individuel et 5ème en relais.

J’ai ensuite mis fin à ma carrière d’athlète en 2000 pour finir mon doctorat Sciences du sport.

Retour à la fédé en 2005 CT pour leComité Savoie pendant 8  ans, entraineur junior puis responsable filière fond. Création du team sénior puis coordinateur des filières nordique, en charge de la détection des talents.

 

M.A : La date clef?

2014 avec ma nomination comme entraineur national du team sprint juste après Sochi

Renaud JAY et Baptiste Gros étaient déjà là.

 

M.A : A voir évoluer le Team Poney, on a l’impression de voir une bande de potes s’amusant ensemble, pourtant les résultats sont probants et montrent que l’on peut être sérieux sans se prendre au sérieux.

Comment es-tu parvenu à créer ce climat propice?

Le terreau était  favorable avec un groupe de sprinter qui se connaissait déjà.

Cyril Gaillard avait lancé sur le ton de la boutade la notion de Poney par comparaison avec les « distances », on a continué dans cette idée pour créer une identité, une sentiment d’appartenance.

 

M.A : Comment définirais-tu ton rôle?

Mon rôle est d’accompagner des individuels dans le cadre d’un collectif

 

M.A : Là tu abordes une notion qui va intéresser les dirigeants et les managers! Comment concilies-tu la présence de personnalités fortes dans une discipline individuelle, avec la notion de collectif, dont je sais qu’elle te tient à coeur?

C’est beaucoup de temps passé au départ pour définir les règles du collectif :

Quelles sont les valeurs qui nous réunissent?

En étant plus précis, les 3 points qui nous réunissent

Puis on définit ensemble les règles de vie commune, qu’est ce qui nous serait insupportable pour définir les lignes rouges.

 

M.A : Puis qu’est ce qui se passe si la ligne est franchie?

Je n’ai jamais eu à faire face à ce type de situation car les choses sont claires au départ :

Les choses sont dites et écrites

 

M.A : Ça aussi ça parle aux dirigeants, en particulier dans des PME ou souvent, la culture orale domine, le fait de formaliser te permet de renforcer la référence aux règles définies au départ

Clairement oui!

 

M.A : Quels sont vos objectifs collectifs?

A mon arrivée en 2014, l’objectif était d’être qualifié (seuls les 30 premiers participent aux phases finales sur une centaine au départ)

La densité est énorme 30 athlètes groupés en 4 secondes voire moins.

En 2015, l’objectif affiché était clair : Gagner!

 

M.A : Et les résultats sont là avec en point d’orgue la1ère victoire d’un Français en coupe du monde, 7 podiums sur la saison, bravo!

Peux-tu nous parler de la victoire de Baptiste GROS? A le voir, on a l’impression qu’il reste derrière tout le long de la finale en misant tout sur la dernière bosse, c’est une stratégie osée non?

Ce n’était pas  le schéma prévu (large sourire).

Baptiste Gros

Victoire de Baptiste GROS en ski de fond lors de la coupe du monde.

 

M.A : Autrement dit la situation de course fait que la stratégie prévue n’a pas pu être mise en oeuvre et pourtant le résultat est là! Belle transposition à faire en entreprise!

Avoir un schéma est nécessaire mais il faut garder toutes les portes ouvertes pour s’adapter à la situation!

« La stratégie ne doit pas être un carcan, ça donne une trajectoire idéale anticipée vers l’objectif mais il faut rester capable de s’adapter »

 

M.A : Dans une entreprise, on parlerait de management agile! Parles nous un peu de ta relation à l’objectif.

Définir un objectif n’a un intérêt que si tu crois vraiment à ta capacité de le réaliser

Plein d’athlètes sont capables de gagner mais n’y parviennent pas car ils ne s’en sentent pas capables, ils n’osent pas.

 

M.A : D’où l’intérêt que l’objectif soit bien défini.

Oui! Les freins mentaux liés à un objectif mal fixé peuvent fortement ralentir le progrès.

 

M.A : Les sprinters pratiquent un sport individuel et à les voir évoluer, à les écouter lors des interviews, on ressent fortement que le collectif profite aux individus.

Je sais que c’est un thème qui te tient à coeur, comment as tu fais pour créer cette alchimie dont rêve bien des managers?

Ils échangent des tuyaux à l’entrainement, « si mon pote est plus fort il va m’obliger à progresser ».

On n’a de toutes manières pas tous les mêmes cartes en main, c’est la manière d’utiliser les cartes qui est la clef du succès.

 

M.A : L’un des débats dans le management au moment de nommer un manager est de faire la part des choses entre « savoir faire » et « savoir faire faire ».

Le meilleur technicien ne fait pas nécessairement le meilleur responsable technique mais son savoir faire lui donne de la crédibilité.

Sans faire injure à ton palmarès qui, en plus n’est pas exclusivement fait de ski puisque tu es aussi Ironman finisher, tu n’as pas de passé à haut niveau international et tu entraînes la crème française pour l’emmener au top mondial.

Comment gères-tu cela? Est-ce une vraie question ou un faux problème?

Interview de Cyril BURDET

Cyril BURDET et Frédéric DUBOIS chez le Manager Athlète.

Celui qui a le vécu puise dedans, celui qui ne l’a pas puise dans sa capacité d’innovation. C’est peut être un peu plus long pour s’installer mais en fait ce sont les résultats qui te donnent la crédibilité.

 

M.A : Parmi les nations au sommet du nordique, les Norvégiens en particuliers trustent les podiums. Dans ces pays, le ski de fond est presque une religion et les fédérations disposent de moyens colossaux (11 fois supérieurs aux français).

L’image business qui me vient est la petite PME française qui part à l’assaut de groupes leaders, il te faut faire mieux que des prédécesseurs, vite puisque les échéances se succèdent rapidement avec moins de moyens.

Quelles sont les astuces que tu as mis en place et qui te permettent de surmonter ce différentiel?

A aucun moment ce n’est un frein, on ne se pose pas de questions même si on en parle parfois, on doit composer avec ça point! Il faut être plus inventif!

 

M.A : Beau plaidoyer pour l’innovation!

On revient aux JO de Pyeongchang : c’est un objectif de long terme que de préparer des athlètes sur la durée d’une olympiade. Dans une entreprise, on rencontre la même  difficulté de garder les équipes motivées autour des objectifs. Quelle est ton approche de la gestion de ces objectifs? Comment garder la motivation?

On les remet en question chaque saison, on adapte.

Les JO donnent une orientation. Se focaliser uniquement sur cet objectif serait mettre trop de pression, il faut multiplier les objectifs intermédiaires pour garder la motivation et accepter le droit à l’échec, en tous cas, le prendre en compte.

 

M.A : Pour finir, l’état d’esprit Poney en une phrase?

 » As a team and no limit  » ⇒ *Comme une équipe et pas de limite.

 

M.A : Merci beaucoup Cyril et au plaisir de te croiser avec tes athlètes le 4 Septembre lors d’Aix Ski Invitationnal à Aix les Bains.