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Mathieu SAGE : ski de vitesse Entretien avec le 1er homme à avoir passé la barre des 210 km/H sur des skis. Comment concilier risques et performances?

 

Bonjour Mathieu, comment t’est venue la passion pour cette discipline si particulière?

C’est un rêve de gosse. Rien ne me prédestinait à cette discipline puisque j’habitais à Bourges et que j’avais de l’asthme.

En fait, c’est à l’âge de 13 ans, en listant le livre des inventions, je suis tombé sur le ski de vitesse et j’ai eu un effet WHAOUU!!, le virus était inoculé.

Il a fallu ensuite attendre 1996 et mon arrivée en Savoie pour que je mette à pratiquer.

 

Comment es tu arrivé au sommet?

J’ai passé deux ans dans le top 10 français mais pour autant, sans rien gagner.

 

Je ne peux m’empêcher de faire le parallèle avec le monde de l’entreprise. Etre parmi les meilleurs n’est pas facile mais devenir LE meilleur reste quand même le graal de nombreux manager et dirigeants. Pour toi, quel a été le déclic?

J’ai eu un déclic après un échec aux championnats de France 2006.

J’étais prêt à arrêter, c’était trop inconfortable de vivre cette situation.

Ça a duré 3 minutes puis, j’ai décidé de repartir de zéro.
Un mois après, je battait le record du monde en étant le 1er à passer la barre des 210KM/H, 210,77 pour être précis.

 

Pourtant en un mois, c’est le même homme qui se présente au départ! Qu’est ce qui a changé?

Je me suis mis à être plus focus sur mes sensations, à moins penser une énième fois au fartage le soir pour privilégier le sommeil. Je me suis concentré sur la notion de détachement pour moins subir la pression extérieure.
Alors quelle est la différence entre celui qui bat les records et celui qui bute dessus?
Il y a  bien sur une sorte d’équilibre entre la préparation technique, physique,  le matériel mais selon moi, le plus important est la dimension psychologique.

Bien se connaitre, écouter son corps, se concentrer sur son potentiel physique et émotionnel.

 

Transposé au monde de l’entreprise, cela revient à dire que les outils dont disposent les concurrents ne sont pas fondamentalement différents si je pense aux skis ou aux combinaisons, c’est la manière dont on exploite son potentiel qui fait la différence.

Comme pour la réflexion stratégique, il faut être conscient de ses forces et faiblesses, ce que tu nommes « bien se connaitre » être à l’écoute de son corps devient être à l’écoute du marché, des clients, des équipes.

Si je poursuis dans cette image, comment manage tu ces deux inconciliables que sont le risque et la performance?

 

Si tu n’es pas vulnérable, il n’y a pas de risque. Donc on travaille sur cette vulnérabilité pour préparer, anticiper.

On peut parfois aller un peu plus loin mais exclusivement lorsque l’environnement est favorable. C’est une alchimie délicate à mettre en oeuvre. C’est énormément de travail, de minutie

Ceci dit, clairement, on ne maîtrise pas le risque! On le minimise!

 

Merci Mathieu pour ce moment de partage, au plaisir de partager quelques tours de roues sur les routes de Savoie.

 

NDLR : Athlète éclectique, Mathieu SAGE pratique également le triathlon et a bouclé en 2015 son 1er Ironman à Barcelone (3800m de natation, 180km de vélo et un marathon pour terminer)

 

Un petit aperçu de ce que ça donne grandeur nature !